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Bonne pioche!
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Écrit par Vanessa
Mercredi, 18 Août 2010 11:04
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Mercredi, 18 Août 2010 11:04 |
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Nous ne vous avions pas donné de nouvelles de Saperliplanète depuis notre retour en France. Rassurez-vous, les Saperliplanautes vont bien, ils refont surface peu à peu. Comme nous avions pris le temps de revêtir nos costumes de voyageurs, et de nous sentir bien à l'intérieur, nous avons eu besoin de temps naturellement pour les ôter. Plus d' n mois aura été nécessaire à notre réadaptation à la vie sédentaire, la vie des habillés normaux, des Français qui se lèvent tôt...!!
Le 9 juillet, à la descente du train, alors que nous nous embrassons les uns les autres, pressés par l'émotion, nous gardons notre sac sur le dos. C'est notre compagnon de voyage depuis un an, l'enlever équivaut à renoncer un peu plus. Nous gardons tout l'été nos tongs au pied et notre jean's, notre volonté de ne pas nous encombrer des habits du paraître, pour ne pas retomber trop vite dans la société de consommation. En ouvrant les cartons nous restons coi devant tant de fringues empaquetées, habits d'hiver, d'été, de sport, pour le bureau, les vacances, les soirées... Nous avons vécu un an avec quatre tee-shirts, une polaire et un pantalon! Aussitôt, les images de ces amis du bout du monde nous assaillent, ces gens dont le souci principal est de pouvoir se nourrir, chaque jour.
Peu à peu, il a fallu retourner faire "les courses" avec cette impression toujours aussi désagréable, écoeurante même, de nager en pleine surabondance. Cette question, lancinante, « à quoi bon ? » Et surtout « pourquoi remplir autant son estomac » ?
Comment expliquer ce que l'on ressent après un an autour du monde ? L'impression de marcher sur la tête. Parce que chez nous, dans notre Europe « civilisée », protégée des phénomènes climatiques violents (pour combien de temps ?), il n'y a ni maladies tropicales ni risques de séismes, la démocratie fonctionne même si elle reste fragile, et on peut se faire soigner même lorsque l'on n'a pas un sou. On peut étudier même lorsque l'on n'a pas un sou. On vit en paix. Et la terre est généreuse.
Cette Europe, petit continent sur l'immense mappemonde, est bien prétentieuse et nous le sommes tous. Nous croyons vivre heureux mais nous oublions la majorité de la population mondiale, engluée sous un seuil de pauvreté indécent. Avant de partir, nous ressentions déjà ce sentiment d'injustice. De retour sur cet îlot ouaté, ce sentiment m'est difficilement supportable. Je crois que toute la famille saperliplanète le ressent aussi. Ces amis du bout du monde restés dans leur vie aride mais pour autant très heureuse, de quel droit les traitons-nous ainsi ?
Sentiment de révolte, donc, en revenant en France. Mais à quoi sert la révolte ? Nous ne détenons pas le pouvoir de renverser la vapeur. Si j'avais un rêve à formuler, ce serait que notre témoignage aide les autres à prendre conscience de l'absurdité de notre société matérialiste, qui oublie l'humain. A prendre conscience que nous allons droit dans le mur, si nous continuons à presser la planète comme un citron.... Car si, ici, nous débattons (entre « bobos » s'entend) de l'opportunité de préférer tel aliment biologique à tel autre, dans la plupart des pays dits du Sud, la question n'est pas comment manger bien mais comment manger tout court.
Nous avons été frappés par notre extraordinaire faculté à manger trop, en occident (en Australie, aussi). Alors qu'en Amérique du sud, en Asie, en Afrique, un plat constitue le repas et c'est bien suffisant. Nous ne sommes pas devenus végétariens mais notre consommation de viande a diminué. Pourquoi faut-il ici que chaque plat se compose à base de viande ? Les pays du Sud nous ont beaucoup appris sur la manière de se nourrir, notamment en Asie, où la cuisine est très saine. Ils nous ont aussi beaucoup appris sur l'importance de se rapprocher de la nature.
Nous avons besoin en Europe de nous enrober de vêtements et de chocolats pour mieux combler un vide. Celui de s'être éloigné de l'essentiel.
Depuis le 9 juillet, nous hésitons à endosser à nouveau l'habit alors que nous avons vécu une mise à nu totale. C'est peut-être ce qu'il y a de plus dur en fait, dans ce retour de voyage. |
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Bonne pioche!
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Écrit par Frédéric
Dimanche, 04 Juillet 2010 09:38
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Dimanche, 04 Juillet 2010 09:38 |
Lorsque cet éléphant s’est approché de moi, au petit matin, je me suis demandé d’où venait cette indomptable attirance envers lui. Puis je me suis rappelé que j’avais été aussi un animal sauvage avant d’être dompté et apprivoisé par la civilisation.
Ton regard, cher Éléphant, était d’une force incroyable. Peut-être voyais-je dans tes yeux ce que j’étais devenu, au mieux un lâche, au pire un fou enfermé dehors. Il a fallu que je lutte contre cette irrésistible envie de te caresser, de te parler. Ne rien faire, ne rien dire pour te préserver de la civilisation, de ma civilisation, celle dans laquelle je suis enfermé, dompté pour la vie. Une caresse aurait pu t’être fatale.
J’aurais voulu te donner des nouvelles du monde civilisé mais à quoi bon t’inquiéter ? Contrairement à toi, programmer pour agir j’ai été programmé pour apprendre paraît-il. J’ai assimilé le langage, des mœurs et traditions, la politesse (si, si un peu), une manière de vivre et de bien me comporter. Il est vrai que je sais me tenir debout sur mes pattes arrières, moi! Tu n’es qu’un être d’instinct et moi un être de raison, cher éléphant. Voilà ce qu’on m’a enseigné à l’école. Mais j’ai envie de douter aujourd’hui. Je sais ta sensibilité capable d’être communiquée et partagée à des milliers de kilomètres avec les autres éléphants pour prévenir d’un danger. Je t’ai vu ne pas supporter le cadavre d’un parent malmené par ces sauvages de félins.
Je pense à Victor de l’Aveyron cet enfant sauvage ramené - à force d’apprentissages intensifs - à l’humanité. Il ne possédait pas de langage élaboré contrairement à toi. Ta sociabilité n’a rien à envier à son incapacité à vivre en société et enfin comme toi il ne savait pas tenir debout. Alors pourquoi te refuse-t-on l’humanité ? Ces génies de laboratoire ont une arme terrible dans leurs mains qu’on appelle la classification. Des flèches plantées dans le cœur de chacun d’entre nous, avec au bout, pour poison mortel, non pas ton Euphorbia Damarana, mais une étiquette. Une étiquette indécollable, indélébile, pour la vie.
Il y a de la culture chez toi, je l’ai vu. Il y a de la nature chez moi, j’y tiens. Ma spontanéité, les caractéristiques de mon corps humain que je partage avec ces milliards d’autres sont la preuve que je suis aussi un homme de nature.
Et puis enfin je dois t’avouer l’inavouable. Sais-tu que l’homme a la prétention que lui seul connaît la distinction entre le bien et le mal, que lui seul est doté d’une morale ? Que lui seul a le sens du devoir ? Que lui seul sait respecter l’autre ? Je vois ton sourire. Quelle est cette force qui te permet encore aujourd’hui de sourire ? Tu arrives à sourire malgré tout ce que tu sais de nous. Notre incapacité à prendre conscience de la fragilité de la nature. Notre inaptitude à vivre en bonne intelligence, Hommes fous capables de s’entretuer. D’ailleurs petit clin d’œil pour toi… J’ai rencontré beaucoup d’Hommes pendant ce tour du monde, ayant abandonné leur vie civilisée pour vivre à l’abri de notre folie, au plus près de la nature. Peut-être finalement êtes-vous moins sauvages que nous parfois ?
Allez, le jour se lève. Bouge de là que je prenne ma douche ! Et oui l’homme civilisé se lave à la douche et non pas à coup d’éclaboussures de trompe ! Promis je fais attention à ne pas trop consommer. Je sais que cette eau est aussi la tienne.
Je suis heureux de t’avoir rencontré ici, dans ce petit coin de paradis du Koakoland. Je suis parti autour du monde avec l’idée folle de réconcilier l’Homme avec la nature. Ce matin tu as fait un pas vers moi. Je passerai le restant de mes jours à faire des pas vers toi.
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