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Bonne pioche!
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Écrit par Vanessa
Jeudi, 11 Mars 2010 15:58
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Jeudi, 11 Mars 2010 15:58 |
« Pourquoi la moto ? Parce que c'est pas cher ! », s'exclame le pilote de la moto-taxi qui file vers la Poste centrale. « La voiture, impossible. Je n'ai pas les moyens. » Il y a quelques années, il circulait encore à vélo. Mais depuis l'arrivée des motos chinoises sur le marché, les ventes ont explosé. Surnommés les Honda-ôm, ces hommes sont postés à tous les carrefours, un journal à la main, à l'affût de clients qui leur permettront de gagner leur pain quotidien. Un job qui lui rapporte environ 60 euros par mois. Pour de longues heures de travail, six jours sur sept.
Les villes vietnamiennes vivent au rythme du deux-roues motorisé depuis quelques années. A Ho Chi Minh, le flux de motos est tel que l'engin semble être le prolongement de l'individu. On va chercher ses enfants à l'école en moto et les enfants montent très souvent à deux dessus, entre papa et maman. On fait ses achats sans descendre de sa moto, en se garant devant l'échoppe, toujours ouverte sur la rue. On s'allonge sur son deux-roues, pour piquer un petit somme. Tous les Vietnamiens en possèdent une, y compris les personnes âgées. Devant certaines commerces, des hommes sont payés pour garer les motos des clients dans le mince espace qui leur est imparti.
Le piéton slalome entre les deux-roues qui occupent autant le trottoir que la rue. Quelques cyclo-pousse de l'âge préhistorique subsistent. Les voitures, encore peu nombreuses - on voit surtout des taxis - tentent de se frayer un chemin dans ce flux.
A Ho Chi Minh ville, la pollution s'accroît sans cesse. Certes, elle est d'abord causée par les nombreux rejets industriels liés à la croissance économique rapide de cette mégapole du sud du Vietnam. Mais les milliers de motos en circulation n'arrangent pas la qualité de l'air. En vente sur les trottoirs de Saigon, des dizaines de petits carrés de tissu colorés, aux imprimés fleuris, rayés ou unis. Les habitants se couvrent le visage de ces masques anti-pollution et anti-poussière. Les bébés sont affublés d'un voile. Les maladies respiratoires se développent au rythme effréné du développement du pays. Mais, ne vous y trompez pas ! « Les masques sont aussi un pare-soleil efficace pour les Vietnamiennes qui ne souhaitent pas brunir », me glisse un habitant.
Impossible d'aller contre le deux-roues motorisé, symbole de l'émancipation d'un peuple. Mais il faudra développer d'autres énergies que le pétrole si on ne veut pas asphyxier totalement ces populations. Et la situation risque d'empirer lorsque l'achat d'une voiture sera accessible au plus grand nombre. Jamais sans ma moto... Mais à quel prix ?
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Bonne pioche!
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Écrit par Frédéric, Vanessa et les enfants
Mercredi, 03 Mars 2010 15:42
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Mercredi, 03 Mars 2010 15:42 |
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Voilà ce que nous aimons depuis le début de cette expérience Saperliplanète... Partir à l'aventure grâce à des sujets de reportages qui ouvrent de nouveaux horizons, permettent des rencontres parfois émouvantes mais toujours sincères... et sont le prétexte à partager la vie de nos hôtes. Ainsi, nous nous donnons les moyens de comprendre en profondeur les réalités multiples des populations rencontrées. Au cours du tournage de ce nouveau Saperlireportage nous avons compris que notre vrai sujet n'était pas tant la ressource en eau mais bien l'accès à une eau potable de qualité. Les enfants se sont investis avec beaucoup de sérieux dans ce reportage en ayant travaillé toutes les facettes du cycle de traitement des eaux en allant même jusqu'à suivre les eaux usées et nauséabondes de Pondichery ! Encore une fois, nous vous invitons au coeur des familles indiennes, de leur vie quotidienne. Encore une fois, nous avons souhaité vous offrir des images rares... comme le forage de ce puits à la main, jusqu'à sept mètres de profondeur. Un moment magique pour nous tous. A la fin de ce saperlireportage, vous aurez le droit de vous poser une seule question: Est-ce bien raisonnable d'utiliser l'eau potable - dans nos pays dits civilisés - pour laver la voiture, remplir la chasse d'eau, ou encore lessiver le carrelage? Notre planète bleue attend une gestion raisonnable de notre part, à la maison, dans nos entreprises et dans nos collectivités. A très bientôt pour vos commentaires ! |
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Bonne pioche!
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Écrit par Frédéric
Jeudi, 18 Février 2010 06:55
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Jeudi, 18 Février 2010 06:55 |
Cela fait longtemps que je voulais t’écrire. T’écrire pour te sentir près de moi et t’avouer ce que j’éprouve depuis que je t’ai quittée il y a six mois déjà. Depuis quelques jours je vis face aux montagnes indiennes de Mudumalai, au cœur d’une réserve où la vie sauvage est voisine de tribus qui m’étaient jusque là inconnues. J’apprends à m’étonner de tout, à m’émerveiller de chaque chose, à vivre chaque instant. Autour du monde, j’ai d’abord appris à m’éloigner de toi, de mes habitudes d’européen, de mes grilles de lecture d’occidental. C’est un exercice difficile mais je comprends aujourd’hui combien il est nécessaire.
La première chose que je dois t’avouer n’est pas facile à reconnaitre mais il est temps que tu saches cela. Je dois te dire que contrairement à ce que j’ai appris à l’école, tu n’es pas au centre du monde. Dans chaque pays exploré, chaque culture découverte, je m’amuse à regarder les planisphères accrochés aux tableaux noirs. En Amérique du sud ils se croient au sud du centre du monde. En Australie, ils se dessinent au centre de la carte proche de tout le monde. D’Inde où je suis aujourd’hui, tu apparais comme un tout petit pays en haut à gauche d’une mappemonde que je ne connaissais pas. Les écoliers que j’ai rencontrés sont heureux d’étudier, ont soif de découvertes mais ne sont pas capables de me citer le nom d’une ville française. Tu te rends compte un peu ? Peut-être toi - comme tous les autres - avez eu besoin de vous croire au centre du monde. Est-ce à cause de cela que je te trouve si repliée sur toi-même, sur tes propres intérêts ? Et le chemin est court pour celui qui se croit AU centre du monde de se sentir LE centre du monde, tu ne crois pas ?
Finalement je crois que tu devrais avoir plus confiance en toi, en tes vraies et propres forces. Tu n’as pas besoin de te hisser sur tes talonnettes ou de jouer des coudes pour t’affirmer sur « la scène » internationale. Dans les yeux de celles et ceux croisés sur ma route et qui te connaissent un peu, j’ai vu la grandeur de la France. Ils sont admiratifs de tes convictions lorsque ta voix issue des Lumières résonne utile aux quatre coins du globe. Ils sont respectueux de ta République lorsqu’elle reste fidèle à ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. A ce propos, je dois t’avouer autre chose encore. Ne te fâche pas mais franchement parfois je suis gêné de l’accueil que nous recevons ici et partout. Gêné parce que je ne suis pas certain que tu sois toujours aussi accueillante, aussi ouverte. Gêné et finalement choqué, de ce monde qui ne tourne pas rond où ceux qui n’ont rien donnent tout, et ceux qui possèdent tout partagent si peu.
Tu sortirais grandie si, fidèle à ton Histoire, tu participais à faire taire cette hypocrisie planétaire. Ton identité ne peut être confondue plus longtemps avec la question majeure de l’immigration. Plus je voyage plus je comprends que ta frilosité est vaine, ta peur illusoire. Les pays qui avancent aujourd’hui sont ceux qui ont confiance en eux-mêmes, confiance dans leur capacité à accueillir pour progresser. L’Australie, Le Brésil, L’Inde pour ne citer qu’eux l’ont compris avant toi. Si tu ne le fais pas au nom de la fidélité à tes propres valeurs alors assume ta part au nom de tes propres intérêts ! Ou alors tu continueras de te mentir à toi-même et ne pourras t’étonner de ces millions d’hommes et de femmes qui au péril de leur vie essayeront par tous les moyens de rejoindre « la qualité de vie à la française ». Même si cette qualité de vie à la française se résume trop souvent à une caravane au milieu d’un terrain désaffecté, un baraquement de fortune ou un foyer et autres logements d’urgence, ils savent que cela vaudra toujours mieux que l’errance sans filet sur les marges du monde.
Tu le comprends, je suis encore plus convaincu aujourd’hui que le monde n’est qu’un. Tu auras beau te rassurer en t’inventant une bulle à coup de classifications savantes, érigées comme autant d’illusoires protections – tiers monde, G7, pays industrialisés, sommet des pays riches, club des je ne sais trop quoi – tu es et demeures condamnée à vivre avec tous les autres sur la même planète. Peut-être devrais-tu prendre le temps de rencontrer, d’apprendre davantage des autres. Tu serais surpris de l’inventivité, de l’ingéniosité de ces peuples et cultures vivants aux quatre coins du monde. C’est la dernière chose que je voudrais, dans cette lettre, partager avec toi. Tu as peut-être un peu trop oublié que la Terre était fragile comme un monde fini aux richesses limitées et non inépuisables. Toi et tes copains du « club des riches » avez vécu sans compter, sans mesurer, au nom de la Prospérité. Mais en même temps, comment t’en vouloir de ne pas en connaître les conséquences alors que tu voyages si peu et que les premières victimes de ces dérèglements s’entassent à mille lieux de chez toi ? Mais là n’est pas le sujet, revenons à la prospérité. Celle-ci ne peut se résumer au profit (im)pur et simple, sans foi ni loi. Et la prospérité de quelques-uns ne peut suffire à développer ce « vivre ensemble » dont tu te gargarises à longueur de discours. Ceci est d’ailleurs aussi vrai à l’échelle du monde qu’au sein même de ton propre pays.
J’ai vécu quelques expériences intéressantes en partageant la vie de peuples aux traditions ancestrales, des cultures de « peuples-nature ». Le « vivre ensemble » est compris comme la vie entre les hommes bien sûr mais aussi comme la vie en harmonie avec la nature. Bien entendu je n’attends pas de toi de te replier (encore !) dans une nostalgie éclairée à la bougie, mais je crois que nous avons à apprendre, à redécouvrir ce que permet un respect plus sincère de la terre et de la nature. Après le temps de la prospérité infantile nous devons passer à la prospérité raisonnable avec un objectif qui m’est cher : la solidarité. Solidarité dans le temps – à savoir avec les générations futures - mais aussi dans l’espace, avec les autres peuples de ce même village planétaire.
Chère France, Je dois te laisser. J’espère que tu comprendras ma lettre. Elle n’est qu’une déclaration d’amour, prends-la comme ça. Bonjour aux enfants en espérant qu’ils aient le même bonheur d’apprendre, la même soif de réussir et les mêmes sourires que ceux que je rencontre ici. Quant aux miens, tu vas les trouver changés. Eliot, Jules et Anatole reviendront des idées plein les poches. J’espère que tu pourras compter sur leur génération pour retrouver le goût d’être utile et agréable au monde.
Respectueusement,
Frédéric.
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