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Nous ne vous avions pas donné de nouvelles de Saperliplanète depuis notre retour en France. Rassurez-vous, les Saperliplanautes vont bien, ils refont surface peu à peu. Comme nous avions pris le temps de revêtir nos costumes de voyageurs, et de nous sentir bien à l'intérieur, nous avons eu besoin de temps naturellement pour les ôter. Plus d' n mois aura été nécessaire à notre réadaptation à la vie sédentaire, la vie des habillés normaux, des Français qui se lèvent tôt...!!
Le 9 juillet, à la descente du train, alors que nous nous embrassons les uns les autres, pressés par l'émotion, nous gardons notre sac sur le dos. C'est notre compagnon de voyage depuis un an, l'enlever équivaut à renoncer un peu plus. Nous gardons tout l'été nos tongs au pied et notre jean's, notre volonté de ne pas nous encombrer des habits du paraître, pour ne pas retomber trop vite dans la société de consommation. En ouvrant les cartons nous restons coi devant tant de fringues empaquetées, habits d'hiver, d'été, de sport, pour le bureau, les vacances, les soirées... Nous avons vécu un an avec quatre tee-shirts, une polaire et un pantalon! Aussitôt, les images de ces amis du bout du monde nous assaillent, ces gens dont le souci principal est de pouvoir se nourrir, chaque jour.
Peu à peu, il a fallu retourner faire "les courses" avec cette impression toujours aussi désagréable, écoeurante même, de nager en pleine surabondance. Cette question, lancinante, « à quoi bon ? » Et surtout « pourquoi remplir autant son estomac » ?
Comment expliquer ce que l'on ressent après un an autour du monde ? L'impression de marcher sur la tête. Parce que chez nous, dans notre Europe « civilisée », protégée des phénomènes climatiques violents (pour combien de temps ?), il n'y a ni maladies tropicales ni risques de séismes, la démocratie fonctionne même si elle reste fragile, et on peut se faire soigner même lorsque l'on n'a pas un sou. On peut étudier même lorsque l'on n'a pas un sou. On vit en paix. Et la terre est généreuse.
Cette Europe, petit continent sur l'immense mappemonde, est bien prétentieuse et nous le sommes tous. Nous croyons vivre heureux mais nous oublions la majorité de la population mondiale, engluée sous un seuil de pauvreté indécent. Avant de partir, nous ressentions déjà ce sentiment d'injustice. De retour sur cet îlot ouaté, ce sentiment m'est difficilement supportable. Je crois que toute la famille saperliplanète le ressent aussi. Ces amis du bout du monde restés dans leur vie aride mais pour autant très heureuse, de quel droit les traitons-nous ainsi ?
Sentiment de révolte, donc, en revenant en France. Mais à quoi sert la révolte ? Nous ne détenons pas le pouvoir de renverser la vapeur. Si j'avais un rêve à formuler, ce serait que notre témoignage aide les autres à prendre conscience de l'absurdité de notre société matérialiste, qui oublie l'humain. A prendre conscience que nous allons droit dans le mur, si nous continuons à presser la planète comme un citron.... Car si, ici, nous débattons (entre « bobos » s'entend) de l'opportunité de préférer tel aliment biologique à tel autre, dans la plupart des pays dits du Sud, la question n'est pas comment manger bien mais comment manger tout court.
Nous avons été frappés par notre extraordinaire faculté à manger trop, en occident (en Australie, aussi). Alors qu'en Amérique du sud, en Asie, en Afrique, un plat constitue le repas et c'est bien suffisant. Nous ne sommes pas devenus végétariens mais notre consommation de viande a diminué. Pourquoi faut-il ici que chaque plat se compose à base de viande ? Les pays du Sud nous ont beaucoup appris sur la manière de se nourrir, notamment en Asie, où la cuisine est très saine. Ils nous ont aussi beaucoup appris sur l'importance de se rapprocher de la nature.
Nous avons besoin en Europe de nous enrober de vêtements et de chocolats pour mieux combler un vide. Celui de s'être éloigné de l'essentiel.
Depuis le 9 juillet, nous hésitons à endosser à nouveau l'habit alors que nous avons vécu une mise à nu totale. C'est peut-être ce qu'il y a de plus dur en fait, dans ce retour de voyage. |