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C'est à leur sourire édenté qu'on les reconnaît. Les Himbas ont conservé cette tradition millénaire de se faire enlever les dents de devant. Le rituel de l'arrachage de dents a lieu à la puberté. C'est un élément fort de leur identité auquel aucun d'entre eux n'a renoncé. Ils se distinguent ainsi des autres ethnies. C'est aussi un indice pour le visiteur étranger qui se trouve fort dérouté quand on lui présente des Himbas... habillés comme vous et moi.
Première rencontre avec ce peuple du désert nord-namibien, croisé sur la route dans le Kaokoland. Une vingtaine d'hommes et de femmes s'entassent dans une voiture qui descend au village de Sesfontein, à 100 km de chez eux. Les femmes portent des chapeaux fleuris assortis à leur longue robe, plats sur le dessus pour supporter des poids, les enfants endormis sur leurs genoux. Trois heures de piste les attendent avant de rejoindre la « ville », c'est-à-dire, la dernière station avant le désert, où l'on trouve de l'électricité, du réseau téléphonique, (pas internet), un petit supermarché et une pompe à essence et quelques maisons. Nous nous saluons, échangeons des sourires. « Moro ! (bonjour) Perivi ? Nawa ! » (ça va ? Oui, bien!) Et nous repartons.
Nous nous rendons chez eux, à Puros, le village où vivent Himbas et Hereros. Un fond de vallée au bord de la rivière Hoaruseb. Impression d'être, une fois de plus dans ce voyage, au bout du monde. Si c'est un petit paradis pour l'étranger, c'est parfois aussi un enfer pour l'autochtone car ici, le soleil brûle neuf mois sur douze et la terre aride n'offre rien mis à part quelques arbustes à brouter pour le bétail (chèvres et vaches essentiellement). Félins et éléphants eux sont en terre familière et les habitants doivent composer avec cette menace permanente.
Certains ont laissé tomber l'élevage et ont quitté leurs huttes . Sont partis à la ville chercher l'eldorado, qu'ils n'ont évidemment pas trouvé. Et n'ont jamais pu reprendre leur vie d'avant. D'autres perpétuent la tradition pastorale mais ont peu à peu abandonné nombre de leurs coutumes pour s'habiller à l'occidentale, envoyer leurs enfants à l'école et chercher d'autres sources de revenus que le bétail en se tournant vers le tourisme. Une manne importante, prometteuse. Les habitants de Puros bénéficient ainsi des revenus du camping communautaire et veillent sur les lions qui rôdent dans le coin. La faune sauvage est devenue un argument pour attirer les touristes et non plus seulement un danger.
Où sont donc passés les Himbas traditionnels, ceux qu'on nous vend dans les magazines et dans les émissions à grande audience de la télévision ? A Puros, ils ne sont plus qu'une poignée réunis dans un seul village. Il faut s'enfoncer plus au nord du Kaokoland pour en rencontrer davantage. Plus loin toujours plus loin de la civilisation. Nous décidons d'aller les saluer, ceux qui pourraient correspondre aux représentations de l'imaginaire collectif.
Disposées en cercle, les huttes faites de bouse de vache séchée mélangée à de la terre et de l'excrément d'éléphant se font face. Au centre, vivote le feu sacré qui jamais ne doit s'éteindre, garant de la relation à l'au-delà. Seules les femmes, les enfants et le vieux sage sont restés au village. Les hommes sont partis conduire les troupeaux. Les femmes himbas vivent seins nues, avec un pagne en peau de chèvre pour seul vêtement et s'enduisent le corps de crème, mélange de graisse animale et de poudre ocre, se couvrent de bijoux et portent une coiffure très particulière. Les hommes, peu vêtus aussi, ont cependant le droit de se laver. Les femmes Himbas cueillent des plantes dans la savane (Commiphora Wildii) pour se parfumer et préparer un encens qui servira de « lessive » naturelle pour les vêtements et les couvertures. Les Himbas appartiennent à l'ethnie bantoue, apparentée aux Hereros. Appelé le peuple rouge en raison de la couleur de leur peau, semblable à celle de la terre de cette partie de la Namibie, ils ont toujours été des nomades. Contraints de trouver de nouveaux pâturages régulièrement en raison de l'aridité de la terre. Ces tribus sont malheureusement victimes du tourisme. Les Himbas en ont d'abord trouvé des avantages (financiers, afflux de nourriture), mais les villages ont perdu de leur authenticité. Installés en tailleur dans la hutte de la doyenne du village, nous admirons les différents pagnes épinglés au mur, dont un plus beau que les autres, couvert de bijoux. Celui de ses noces. Nous tentons de discuter. En toute fin, celle-ci nous questionne : « Etes vous à votre aise, ici, dans ma hutte? » (ces maisons sont de petite taille, plus petite que les yourtes). « Bien sûr » lui répondons-nous. Elle nous écoute, incrédule. Les Himbas sont réputés pour ne pas être facilement accessibles. Ceci s'explique par leur histoire. Et peut-être aussi est-ce la condition de leur survie.
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