|
Le 1er mai, des centaines de milliers de Chinois descendent dans la rue. Pas pour manifester. En ce jour de fête du travail, le pays de Mao savoure quelques jours de vacances, un week-end prolongé comme il y en a peu, en Chine. Pas de défilé militaire, à Hangzhou, mais un défilé de piétons, cyclistes et automobilistes, venus prendre un bain de foule, dans une cité-jardin non loin de Shanghai. Enfin,le terme « cité-jardin » n'est pas tout à fait approprié. Hangzhou, avec ses deux millions d'habitants, est considéré comme une petite ville en Chine. Bref, on est loin du village à la française !
Les Chinois viennent se ressourcer autour de l'immense lac naturel, bouffée d'oxygène au milieu des buildings. Le lac est tout à la fois symbole de la Chine éternelle : lieu de méditation et d'exercices matinaux, de spiritualité et de flânerie. Mais il concentre aussi toute la démesure de la Chine moderne en ces jours de festivités. Un choeur de retraités se forme, avant le grand rush et des habitués se livrent à leur Tai-Chi quotidien. Très vite, les Chinois se précipitent au bord du lac, occasionnant des embouteillages monstres. Ce sont bientôt des milliers de promeneurs qui affluent, s'arrêtant ici et là pour se faire tirer le portrait. Devant un parterre de fleurs, un temple, une statue, on vient se prendre et se faire prendre en photo. Un sport national. Nous sommes d'ailleurs les premiers pris au piège. A peine arrivés, nous sommes mitraillés par des appareils photos sortis des sacs, des téléphones portables qui se dressent devant nous et nous assaillent. N'ont-ils jamais vu d'Européens ? Anatole, le blondinet de la bande, se joue de ce statut de star impromptu. Il court et saute sur le pavé comme tous les petits garçons de son âge et les Chinois ont de la peine à l'immobiliser pour le fixer sur leurs clichés. « Trois garçons ? », s'étonnent les gens - deux mots sans cesse répétés que nous avons fini par comprendre. Au pays de l'enfant unique, notre tribu a de quoi surprendre. D'autant qu'avec leurs cheveux longs, nos trois garçons ne cessent d'intriguer. Ici, un garçon aux cheveux longs défie les convenances.
Tous les magasins restent ouverts - les jours fériés ici n'ont pas le même sens qu'en France - et les marques occidentales s'affichent partout. On grignote ici et là des brochettes de viande bouillie ou de tofu, on croque dans des épis de maïs et on se rue sur les glaces. Le soleil est là, c'est enfin le printemps dans cette région de la Chine. On assiste en masse au spectacle musical de jets d'eau.
Au fil de la journée, le lac n'a plus rien de reposant. Bondés, les bancs et les promenades qui le ceinturent sont saturés. Les pistes n'ont plus rien de cyclables et les voitures à touche-touche traînent sur l'asphalte. Les bus saturés dégagent des fumées noires et odorantes.
Au coucher du soleil, des couples de jeunes mariés immortalisent le plus beau jour de leur vie. En toute hâte, car ils sont plusieurs dizaines à avoir choisi le même cadre. Un coin de verdure dans une ville qui ne cesse de s'élever en verticalité. Cette « semaine en or » pour les Chinois, s'achève comme elle a commencé : une marée humaine qui se déverse dans les gares et sur les routes. Retour au bureau pour des milliers de Chinois qui n'ont en moyenne que vingt jours de vacances par an. Nous avons partagé le même train, compartiments grands ouverts sur le couloir. Eux avaient fini leur week-end. Quant à nous, nous poursuivions notre chemin.
|
Commentaires