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C’est une petite ruelle pas comme les autres. Ici, la plupart des vietnamiens ont transformé leur maison en « guesthouse ». Invariablement, le décor est le même… Quelques motobikes s’entassent devant chaque guesthouse, un petit oiseau en cage assure la partition bucolique, dans les marches les mamies veillent sur les petits-enfants, les odeurs de soupes vietnamiennes éveillent l’appétit et les petites échoppes à roulettes viennent éventuellement compléter les revenus de chaque famille. Il faut oser s’enfoncer dans cette ruelle étroite et sans nom lorsqu’on ne connaît pas. Loin du tumulte de la ville, à l’abri du soleil et des sollicitations quotidiennes et parfois pénibles – tantôt un tuk-tuk, tantôt des lunettes de soleil - nous nous sentons bien ici. Je me surprends même à retrouver l’âme de mon impasse Anatole France. Les cris des enfants, la fraîcheur, l’amabilité des voisins, le spectacle des fils téléphoniques et électriques accrochés « au petit bonheur la chance ». C’est Jules qui a confirmé mon intuition. Lorsqu’il est descendu dans la ruelle pour jouer au foot avec son petit ballon j’ai compris qu’il se sentait bien « chez lui ». Eliot, lui, est parti à pied hier soir acheter du fil à coudre dans la rue commerçante d’à côté. Monnaie en poche, il est à l’aise et apprend à vivre de façon plus autonome, plus ouverte sur les autres. « On rentre à la maison maintenant ? » Hé oui Anatole, lorsque la fatigue se fait sentir, nous parle de « sa maison » …comme un appel au cocon. Vous savez ces moments indispensables de la vie où nous sommes à la maison en usant du droit de ne rien avoir à faire….Quel bonheur après des heures de balade et de rencontres ! Vous le comprenez, chacun a trouvé sa place ici, dans cette ruelle sans nom et sans voiture. Notre linge sèche sur le balcon de notre chambre, nous commençons à trier nos affaires qui se sont étalées en seulement trois jours de vie ici. Eliot et Vanessa enfilent les écussons de nos pays explorés sur leurs sacs à dos, comme des kilomètres au compteur. Voilà des signes qui ne trompent pas. Et oui, nous sommes bien ici et pourtant nous allons devoir repartir, reprendre la route. Demain. 6h30 du matin. Nous traverserons alors une dernière fois notre ruelle, sacs au dos. Nous saluerons de la main chaque famille, chaque guesthouse, puis la jeune fille de la cahute « international calls » et enfin la vendeuse de bananes assise à l’entrée de l’impasse. Les enfants seront encouragés par les gestes d’amitié que nous recevrons en retour et nous serons prêts pour de nouvelles aventures, quelques heures de bus pour Savannakhet, au Laos. Et là-bas, demain soir, nous oserons à nouveau nous enfoncer dans une rue sans nom pour nous poser, « chez nous ».
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